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DUENDE

Non. Le duende dont je parle, sombre et frémissant, est le descendant du très joyeux démon de Socrate, tout de marbre et de sel, qui, indigné, le griffa le jour où il prit la cigüe et de cet autre diablotin mélancolique de Descartes, petit comme une amande verte, qui, las de tant de cercles et de lignes, sortait par les canaux pour entendre chanter les grands marins brumeux.
Federico Garcia Lorca, Jeu et théorie du duende

TRANSFORMER LES MOTS NIAIS EN NOTES SUBLIMES

Cliché 2 : Billie Holiday attachait une extrême importance aux paroles : c’est vrai et c’est faux. C’est parce qu’elle pouvait transformer les mots niais en notes sublimes qu’elle leur gardait une certaine tendresse. C’est parce qu’elle n’entendait jamais les paroles comme de simples mots qu’elles croyaient que les mots étaient beaux en eux-mêmes. Elle n’a jamais vu les mots que sous forme de notes ; quelqu’un qui lui parlait, passait pour elle le disque, rayé ou pas, de son chant profond.
[…] Les paroles sont l’instrument de Billie Holiday, comme le saxo d’un saxophoniste… À cause des paroles, elle peut moins broder : grâce à elles, elle est obligée de verser dans un dé à coudre toute sa tempête. Comme dans les Poésies d’Isidore Ducasse où un mot à côté dans un texte de Pascal suffit à en bouleverser le sens… En lui ôtant de la liberté, les mots la forcent à trouver l’extase.
Marc-Édouard Nabe, L’âme de Billie Holiday, 1986

yearningforunity:

Billie Holiday photographed by Roy DeCarava, 1952
Cliché 1 : Les disques qu’elle a enregistrés avec un orchestre à cordes sont mauvais : c’est fou ce que les “amateurs de jazz” aiment la variété. S’insurger à ce point contre Billie parce qu’elle a chanté avec les requins de studio blancots du pauvre Ray Ellis, ça prouve qu’ils s’intéressent drôlement à ce qui se passe derrière elle ! Ils adorent les plumiers qui larmoient, ça les passionne : un peu de violons ça leur gâche Billie alors ? Ils doivent pas beaucoup l’aimer inconditionnellement ! Un peu de  contexte différent  et hop ! Ils rejettent ! Que penser de ces sourds ? Ce sont les mêmes qui font la grimace lorsqu’on leur passe Parker en cordée. Le Just Friends que l’Oiseau a gravé devant la pluie de violons est l’une de ses plus hautes grâces. Ainsi de Billie, et Coleman Hawkins. Les génies valent plus que les cordes avec lesquelles on veut les prendre (en défaut)…

Marc-Édouard Nabe, L’âme de Billiie Holiday, 1986

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Billie Holiday photographed by Roy DeCarava, 1952

Cliché 1 : Les disques qu’elle a enregistrés avec un orchestre à cordes sont mauvais : c’est fou ce que les “amateurs de jazz” aiment la variété. S’insurger à ce point contre Billie parce qu’elle a chanté avec les requins de studio blancots du pauvre Ray Ellis, ça prouve qu’ils s’intéressent drôlement à ce qui se passe derrière elle ! Ils adorent les plumiers qui larmoient, ça les passionne : un peu de violons ça leur gâche Billie alors ? Ils doivent pas beaucoup l’aimer inconditionnellement ! Un peu de contexte différent et hop ! Ils rejettent ! Que penser de ces sourds ? Ce sont les mêmes qui font la grimace lorsqu’on leur passe Parker en cordée. Le Just Friends que l’Oiseau a gravé devant la pluie de violons est l’une de ses plus hautes grâces. Ainsi de Billie, et Coleman Hawkins. Les génies valent plus que les cordes avec lesquelles on veut les prendre (en défaut)…
Marc-Édouard Nabe, L’âme de Billiie Holiday, 1986
East of the Sun (West of the Moon) — Billie Holiday — Solitude (1956)

Charlie Shavers – trumpet
Flip Phillips – tenor saxophone
Oscar Peterson – piano
Ray Brown – double bass
Barney Kessel – guitar
Alvin Stoller – drums

Halo sonore. Voix tremblée ; et le mot se fait note : “Naouhhr” pour “Now”.
Trav’lin’ Light (1942) — Billie Holiday — Easy To Love